Capitulum XII — Mīles Rōmānus
Un soldat, ses armes, son camp : le décor est spectaculaire, mais la Grammatica du chapitre fait quatre choses, et non deux. Elle ouvre la 4e déclinaison, elle met pour la première fois l'adjectif de 1re classe en tableau complet, elle donne le paradigme de l'adjectif de 3e déclinaison, et elle installe le comparatif. Le prix réel n'est aucune de ces quatre nouveautés prise isolément : c'est le contraste entre les deux dernières.
1. La 4e déclinaison
Un seul paradigme, celui que le livre déroule en marge et en tableau :
| singulier | pluriel | |
|---|---|---|
| nom. | exercitus | exercitūs |
| acc. | exercitum | exercitūs |
| gén. | exercitūs | exercituum |
| dat. | exercituī | exercitibus |
| abl. | exercitū | exercitibus |
Trois pièges, tous dans le même mot :
- exercitus (u bref) = nominatif singulier ; exercitūs (ū long) = génitif singulier et nominatif pluriel et accusatif pluriel. Le macron fait tout le travail, et le contexte fait le reste.
- L'accusatif exercitum ressemble à un servum de 2e déclinaison. C'est le génitif, jamais le nominatif, qui donne la déclinaison.
- Le génitif pluriel est en -uum, jamais en -ōrum.
Les mots du chapitre : arcus, passus, equitātus, impetus, metus, versus — tous masculins. Le seul féminin de la série est manus, manūs, rencontré au capitulum XI avant sa déclinaison. Le neutre (genū) attend le capitulum XXI.
2. L'adjectif, enfin en tableau
Le livre donne son nom latin à la classe de mots : adiectīvum.
- 1re classe — altus, alta, altum, décliné comme servus / fēmina / oppidum. Sous-type -er -ra -rum à radical syncopé, que le livre énumère : pulcher, aeger, niger, ruber, noster, vester.
- 3e déclinaison, deux terminaisons — brevis, breve. Liste du livre : brevis, fortis, gravis, levis, tenuis, trīstis.
Ce second type est un thème en -i complet, et c'est ce qui le sépare du nom ovis :
| brevis (positif) | ovis (nom) | |
|---|---|---|
| abl. sg. | brevī | ove |
| gén. pl. | brevium | ovium |
| nom./acc. pl. n. | brevia | — |
| acc. pl. m/f | brevēs | ovēs |
3. Le comparatif — et le piège du chapitre
Formation : radical + -ior (masculin et féminin), + -ius (neutre). altior/altius · brevior/brevius · fortior · gravior · levior · longior · pulchrior
Une seule forme pour deux genres : gladius longior comme hasta longior. Seul le neutre diffère : pīlum longius.
Déclinaison — et c'est ici que tout se joue : le comparatif quitte le thème en -i de son positif et se décline en 3e consonantique.
| positif brevis | comparatif brevior | |
|---|---|---|
| abl. sg. | brevī | breviōre |
| gén. pl. | brevium | breviōrum |
| nom./acc. pl. n. | brevia | breviōra |
Le livre imprime les deux tables l'une sous l'autre : c'est le contraste morphologique du capitulum.
Comparaison : comparatif + quam + second terme au même cas.
Gladius brevior est quam hasta. (deux nominatifs)
Égalité et sa négation avec tam… quam / nōn tam… quam (cap. VI). Le superlatif n'existe pas encore — il arrive au capitulum XIII.
4. Le datif qui possède, et le datif qui obéit
Datīvus possessīvus : datif de la personne + esse. La chose possédée est sujet.
Cornēliō duo līberī sunt = Cornēlius duōs līberōs habet
Son emploi le plus fréquent est l'attribution du nom — et le nom donné reste au nominatif :
Quod nōmen est puerō ? — Puerō nōmen est Titus.
Deux verbes du cap. IV reçoivent enfin leur régime : pārēre + datif, imperāre + datif.
Mīlitēs ducī pārent ; dux exercituī imperat.
5. Génitifs, accusatifs, ablatifs
- Génitif partitif : pars exercitūs, caput imperiī — et surtout mīlia + génitif pluriel. Attention : mīlle est un adjectif indéclinable (mīlle passūs), mīlia est un nom (duo mīlia hominum).
- Accusatif d'étendue, avec longus, altus, lātus : fossa trēs pedēs lāta est, castra mīlle passūs absunt. Question : Quam longus / altus / lātus est… ?
- Ablatif d'instrument, sans préposition : gladiīs, pīlīs, hastīs, sagittīs, armīs, pugnīs, fossā et vāllō.
- Ablatif d'agent, avec ā / ab + une personne : castra ā mīlitibus dēfenduntur.
- Mesures : I passus = V pedēs [1,48 m] ; mīlle passūs = quīnque mīlia pedum.
6. Le reste du bagage
- contrā + accusatif — et la valeur hostile de in + accusatif, que le livre glose « in (+acc) = contrā » : impetum facere in hostem, pīla iacere in hostēs.
- ferre, irrégulier, par morceaux : fert, ferunt, fertur, feruntur, infinitif ferre. Le paradigme complet attend le cap. XXII.
- Deux verbes mixtes, signalés en marge « -it -iunt » : iacere (iacit, iaciunt, passif iacitur, infinitif iacī) et fugere (fugit, fugiunt). Attention : iacere « jeter » (a bref) ≠ iacēre « être couché » (cap. IX).
- incolere + accusatif : terram incolere = in terrā habitāre.
- Trois plūrālia tantum : castra, arma, mīlia — le livre nomme lui-même la catégorie.
- Génitif pluriel de la 3e déclinaison : -um (mīlitum, peditum, equitum, ducum, frātrum, sorōrum, nōminum) contre -ium (hostium, partium, fīnium).
- ac / atque : atque devant a, e, i, o, u, h ; ac (ou atque) devant les autres lettres.
- Les trois noms du citoyen : praenōmen (abrégé A., C., D., L., M., P., Q., Sex., T.), nōmen (la gēns), cognōmen (la branche). Et un mot de parenté précis : avunculus = frāter mātris.
Quantités à surveiller : pedes -itis « fantassin » (e bref) ≠ pedēs, pluriel de pēs (ē long) — les deux sont dans ce chapitre ; levis (e bref, jamais de macron) ; lātus (ā long) ≠ latus -eris « côté » ; dīvidere (dī- long, -vi- bref) ; trīstis, mīles, fīnis, mīlia (ī long).
À retenir en une ligne : exercitus, exercitum, exercitūs, exercituī, exercitū — pl. exercitūs, exercituum, exercitibus ; brevis → brevior/brevius, positif en -ī / -ium / -ia mais comparatif en -iōre / -iōrum / -iōra ; comparatif + quam + même cas ; puerō nōmen est Titus ; pārēre et imperāre + datif ; mīlia + génitif pluriel ; hostium mais mīlitum.