Le chapitre quitte la maison et prend la mer. Trois nouveautés de langue s'y trouvent : une famille entière de verbes qui ont l'air passifs et ne le sont pas, un groupe de deux mots posé à l'écart qui pose le décor de la phrase, et un nom qui garde son i partout. Deux tournures s'y ajoutent, plus discrètes : la mesure de l'écart devant un comparatif, et la part prise d'un tout.
1. Les verbes qui ont l'air passifs
Une famille entière de verbes n'a que des formes en -or, -ris, -tur, -ntur — et pourtant leur sens est actif :
- Puer surgere cōnātur. — l'enfant essaie de se lever
- Gubernātor loquitur. — le pilote parle
- Nautae ventum opperiuntur. — les marins attendent le vent
Il n'existe pas de cōnat, pas de loquit, pas de opperit. La finale ne dit donc rien d'autre que la personne. Preuve que le verbe agit : il prend un complément d'objet, comme n'importe quel autre — nauta gubernātōrem sequitur.
Comment les reconnaître : leur forme de dictionnaire ne finit jamais en -re, mais en -rī ou en -ī.
| dictionnaire | il/elle | ils/elles | |
|---|---|---|---|
| 1re | cōnārī, laetārī | cōnātur | cōnantur |
| 2e | verērī | verētur | verentur |
| 3e | loquī, sequī, lābī, proficīscī | loquitur | loquuntur |
| 3e mixte | ēgredī | ēgreditur | ēgrediuntur |
| 4e | opperīrī, orīrī | opperītur | opperiuntur |
Beaucoup doublent un verbe déjà connu : laetārī = gaudēre, verērī = timēre, ēgredī = exīre, opperīrī = exspectāre.
Et pourtant leur participe est actif : de cōnārī vient cōnāns, de orīrī vient oriēns — et c'est de là que vient le nom de l'orient.
2. Le groupe posé à l'écart
Deux mots à la même finale, en tête de phrase, qui ne se rattachent à rien :
- Ventō secundō nāvis ex portū nāvigat. — le vent étant favorable, le navire sort
- Marī turbidō nautae nōn nāvigant. — la mer étant mauvaise, les marins ne partent pas
- Sōle oriente nāvis ēgreditur. — au lever du soleil, le navire sort
Ni sujet, ni complément d'objet : ils disent dans quelles circonstances le reste a lieu. On les rend par « comme… », « quand… », « avec… ». Le second mot peut être un adjectif (secundō, turbidō) ou une forme du verbe qui s'accorde (oriente, flante).
3. Le nom qui garde son i
puppis fait puppim à l'accusatif et puppī à l'ablatif, là où nāvis fait nāvem et nāve.
| nāvis | puppis | |
|---|---|---|
| accusatif sg. | nāvem | puppim |
| ablatif sg. | nāve | puppī |
| génitif pl. | nāvium | puppium |
Tout le reste est identique. Ils sont une poignée à faire cela.
4. nauta : un mot en -a qui désigne un homme
nauta, nautae, nautam se décline comme rosa — mais un marin est un homme, et le mot qui le qualifie prend la finale des hommes :
- nauta bonus, nautae Rōmānī — jamais nauta bona
La forme dit la déclinaison, le sens dit le genre.
5. fierī — devenir
fit, fīunt, infinitif fierī. Le verbe du changement d'état, là où esse dit l'état :
- Mare turbidum est. — la mer est mauvaise
- Mare turbidum fit. — la mer devient mauvaise
6. Le ciel du marin
Le marin n'a que le ciel pour carte, et le latin nomme les côtés du monde par ce que le soleil y fait :
- oriēns — « le [soleil] se levant », l'est ; du verbe orīrī, sōl oritur (i bref !)
- occidēns — « le [soleil] tombant », l'ouest ; du verbe occidere, sōl occidit
- septentriōnēs — les sept bœufs de labour, c'est-à-dire la Grande Ourse : le nord. Pluriel seulement.
7. dēpōnēns — le mot qui nomme la famille
C'est le terme du livre pour les verbes de la section 1, et c'est un adjectif à une seule terminaison : un mot unique au nominatif, pour les trois genres.
- verbum dēpōnēns, nāvis dēpōnēns, nōmen dēpōnēns
Son radical ne se lit pas sur le nominatif mais sur le génitif, dēpōnentis — exactement comme pour un nom de troisième déclinaison. De là dēpōnentem, dēpōnentī, et le neutre pluriel dēpōnentia.
8. Les petits mots du chapitre
- propter + accusatif — à cause de ; ne pas confondre avec praeter (cap. XIV), qui exclut.
- simul — en même temps ; iterum — une seconde fois ; vix — à peine, de justesse.
- tranquillus / turbidus — les deux états de la mer, qui se répondent tout au long du chapitre. turbidus est l'état où turbāre l'a mise.
- cernere — voir en reconnaissant, plus que vidēre (cap. III).
- servāre — sauver ; invocāre — appeler quelqu'un à son secours.
9. De combien ? — la mesure de l'écart
Devant un mot de comparaison, un mot en -ō dit de combien l'écart est grand :
- Hic mūrus paulō altior est. — ce mur est plus haut d'un peu
- Hoc scūtum multō gravius est. — ce bouclier est plus lourd de beaucoup
Ce n'est ni le sujet, ni ce que l'on subit : c'est une mesure, et elle se place juste devant le comparatif. Les deux mots qui servent à cela sont multum (beaucoup) et paulum (un peu), au singulier et à cette seule finale.
10. La part et le tout — le génitif partitif
Un mot de quantité ne se suffit pas : il faut dire de quoi on prend cette part, et ce tout se met au génitif :
- multum aquae — beaucoup **de l'**eau
- paulum aquae — un peu **de l'**eau
C'est déjà la construction de plēnus (cap. VII), plēnum aquae, et implēre la suit :
- Puella pōculum aquae implet. — la jeune fille remplit la coupe d'eau
11. Trois déponents de plus, et les mots de la fin
- intuērī — regarder en face : puer mare intuētur
- cōnsōlārī — consoler : māter puerum cōnsōlātur
- complectī — entourer de ses bras : māter fīlium complectitur
Même famille que l'unité 3 : *intuet, *cōnsōlat, *complectit n'existent pas.
- appellāre — donner un nom ; haurīre — puiser ; īnfluere — se jeter dans (c'est fluere avec in-).
- interesse — être entre, comme adesse et abesse (cap. IV) : intersum, interest, intersunt.
- sīve — deux noms pour une seule chose, là où aut (cap. VIII) choisit entre deux choses.
- semper — toujours ; praetereā — en outre ; vērō — en vérité, et jamais en tête de phrase.
- locus — l'endroit ; situs — posé là ; superus / īnferus — celui du dessus, celui du dessous.
Pièges d'écriture
- oritur a un i bref, mais orīrī un ī long.
- āter, ātra, ātrum — le noir mat du nuage ; niger (cap. IX) est le noir qui brille. Le -e- d'āter ne revient jamais.
- merx s'écrit avec un x, mais tout le reste se construit sur merc- : mercem, mercēs.
- ōra (la côte) n'est ni hōra (cap. XIII) ni ōs, ōris (cap. XI).
- flūctus, portus, tonitrus sont de quatrième déclinaison : au pluriel, flūctūs, avec la seule longueur pour différence.
- altum (le large) est le neutre d'altus (cap. XII) devenu un nom.
- paulum et praetereā ont une diphtongue au, ae : jamais deux syllabes.
- cōnsōlārī a deux ō longs ; īnfluere un ī long au préfixe ; vērō un ō long.