Ce chapitre complète le système du parfait au subjonctif. Vous connaissez déjà le présent (laudet) et l'imparfait (laudāret). Vous ajoutez maintenant la forme qui présente une action comme accomplie : laudāverit.
Le vrai repère n'est pas « passé » contre « présent ». Regardez l'ordre des actions :
Neria quaerit num nautae cibum imposuerint. Neria demande si les marins ont chargé la nourriture.
La question se pose maintenant ; le chargement est antérieur. Le subjonctif parfait marque ce recul.
1. L'actif : le radical du parfait plus -eri-
Prenez l'infinitif parfait, retirez -isse, puis ajoutez les six terminaisons :
| Personne | laudāre | scrībere | audīre |
|---|---|---|---|
| je | laudāverim | scrīpserim | audīverim |
| vous (sg.) | laudāveris | scrīpseris | audīveris |
| il, elle | laudāverit | scrīpserit | audīverit |
| nous | laudāverimus | scrīpserimus | audīverimus |
| vous (pl.) | laudāveritis | scrīpseritis | audīveritis |
| ils, elles | laudāverint | scrīpserint | audīverint |
Les terminaisons sont donc -erim, -eris, -erit, -erimus, -eritis, -erint. La conjugaison n'intervient plus : tout le travail se trouve déjà dans le troisième temps primitif.
- adiuvō, adiuvāre, adiūvī → adiūverim
- flectō, flectere, flexī → flexerim
- ēdūcō, ēdūcere, ēdūxī → ēdūxerim
- referō, referre, rettulī → rettulerim
Le radical doit être appris avec le verbe. Une terminaison régulière ne répare pas un radical oublié.
2. Le futur antérieur lui ressemble presque parfaitement
Comparez :
- laudāverō : « j'aurai loué » ;
- laudāverim : « que j'aie loué ».
Aux cinq autres personnes, l'indicatif futur antérieur et le subjonctif parfait ont la même apparence dans la norme de ce cours : laudāveris, laudāverit, laudāverimus, laudāveritis, laudāverint.
C'est la phrase qui tranche. Un futur annoncé appelle le futur antérieur ; un doute, une question indirecte, un souhait ou une défense peuvent appeler le subjonctif.
Cum nāvis pervēnerit, incolae laetābuntur. Quand le navire sera arrivé, les habitants se réjouiront.
Nesciō num nāvis pervēnerit. J'ignore si le navire est arrivé.
La forme est identique ; la construction ne l'est pas.
3. Le passif reste composé
Le latin ne fabrique pas un mot unique pour le parfait passif. Il associe le participe parfait à une forme de sum au subjonctif présent :
| Sujet | Forme |
|---|---|
| nauta | servātus sit |
| fēmina | servāta sit |
| nāvis | servāta sit |
| nautae | servātī sint |
| fēminae / nāvēs | servātae sint |
| dōna | servāta sint |
Le premier mot s'accorde avec le sujet ; le second donne la personne. Gardez les deux mots séparés : ēductī sint, jamais un faux verbe unique.
Dux quaerit num rēmī ēductī sint. Le chef demande si les rames ont été sorties.
4. Une défense avec nē
Le subjonctif parfait sert aussi à une défense vive :
- Nē timueris! — N'ayez pas peur ! (une personne)
- Nē timueritis! — N'ayez pas peur ! (plusieurs personnes)
- Nē pecūniam omnem obtuleris! — N'offrez pas tout votre argent !
Malgré sa forme de parfait, cette tournure ne raconte pas une action passée. Elle empêche que l'action se produise. Retenez-la comme un bloc : nē + forme en -eris ou -eritis.
5. Le souhait avec utinam
utinam annonce que la phrase exprime un souhait :
- Utinam classis perveniat! — Puisse la flotte arriver !
- Utinam classis pervēnerit! — Puisse la flotte être arrivée !
Le présent regarde l'accomplissement à venir. Le parfait imagine l'action déjà menée à son terme. Le contexte donne à cette nuance sa valeur exacte.
6. meminī : un parfait qui signifie le présent
meminī a la forme d'un parfait, mais signifie « je me souviens ». Son infinitif est meminisse :
Cīvēs auxiliī meminērunt. Les citoyens se souviennent de l'aide.
Difficile est beneficiōrum meminisse. Il est difficile de se souvenir des bienfaits.
Ne traduisez donc pas automatiquement toute forme de parfait par un passé. Le sens du lexème compte autant que sa forme. Le chapitre suivant donnera mementō, l'impératif futur de ce même verbe ; ne l'anticipez pas ici.
reminīscī signifie lui aussi « se rappeler », mais se comporte comme un déponent ordinaire. Les deux verbes se rencontrent ; leurs paradigmes ne se confondent pas.
7. vīs et vīrēs
Ce nom a un singulier incomplet et un pluriel régulier :
| Singulier | Pluriel | |
|---|---|---|
| sujet | vīs | vīrēs |
| objet direct | vim | vīrēs |
| appartenance | — | vīrium |
| destinataire | — | vīribus |
| circonstance | vī | vīribus |
Au singulier, il désigne souvent une force exercée, parfois la violence. Au pluriel, vīrēs désigne les forces dont on dispose.
Nautae omnibus vīribus rēmigant. Les marins rament de toutes leurs forces.
Les cases absentes ne sont pas des trous à compléter : ces formes ne sont pas employées dans le latin ordinaire.
8. Quelques familles utiles
- classis : la flotte ; nāvis mercātōria : le navire marchand.
- cārus s'oppose à vīlis : cher contre bon marché.
- commūnis dit ce qui est partagé ; cūnctus rassemble tous les membres.
- offerre présente ou offre ; referre rapporte ou rend.
- praeferre place une chose avant une autre, donc la préfère.
- dissuādēre détourne d'une décision ; repūgnāre résiste.
- grātiam referre rend un bienfait ; grātiās agere dit merci.
Attention à grātia. Seul, le nom signifie une faveur ou la reconnaissance. Avec un nom placé avant lui, il peut signifier « pour, en vue de » : pecūniae grātiā. La lectūra nouvelle préfère le sens concret de reconnaissance.
9. Ce que la lectūra vous fait pratiquer
Classis cīvium raconte une flotte civile qui porte de l'eau et de la nourriture à une île. Aucun ennemi n'y paraît. Le suspense vient de tâches déjà accomplies ou encore incertaines :
- les vivres ont-ils été chargés ?
- les rames ont-elles été sorties ?
- l'équipage a-t-il demandé de l'aide ?
- la flotte sera-t-elle déjà arrivée avant la nuit ?
Lisez les questions latines comme des questions, sans chercher d'abord une étiquette grammaticale. Repérez ce qui se passe maintenant, puis ce qui s'est passé avant. C'est ce rapport qui appelle le parfait.
À retenir
- Actif : radical du parfait + -erim, -eris, -erit, -erimus, -eritis, -erint.
- Passif : participe parfait + sim, sīs, sit, sīmus, sītis, sint.
- Après une question ou un doute au présent, le parfait marque souvent l'antériorité.
- nē timueris est une défense, non le récit d'une peur passée.
- utinam introduit un souhait.
- meminī signifie « je me souviens » malgré sa forme.
- Apprenez vīs, vim, vī et, séparément, vīrēs, vīrium, vīribus.