Capitulum IV — Dominus et servī
Un maître, des esclaves, une bourse et des pièces qui manquent : ce chapitre est écrit en pur dialogue, découpé en scaenae numérotées avec sa liste de persōnae, comme une comédie. Pour faire parler ses personnages, le latin a besoin de deux outils que le chapitre introduit ensemble : le vocatif (interpeller quelqu'un) et l'impératif (lui donner un ordre). S'y ajoutent deux petits mots redoutables, is et eius, et le relatif neutre quod.
Le vocatif : interpeller quelqu'un
Quand on s'adresse à quelqu'un, son nom se met au vocatif. Une seule famille de mots change de forme : les noms (et adjectifs) de la 2e déclinaison en -us, dont la finale devient -e :
| nominatif | vocatif | |
|---|---|---|
| nom en -us | dominus | domine |
| adjectif en -us | bonus | bone |
| tous les autres (puella, māter, puer…) | puella | puella (identique) |
Tacē, serve! — Tais-toi, esclave ! Ubi est pecūnia, bone Tite? — Où est l'argent, mon bon Titus ?
La formule de salutation du chapitre combine salvē et un vocatif : Salvē, domine! (« Bonjour, maître ! »). Salvē est d'ailleurs, en réalité, un impératif figé (« porte-toi bien ») — la boucle est bouclée.
Impératif et indicatif
L'imperātīvus donne un ordre ; l'indicātīvus constate un fait. À la 2e personne du singulier, l'impératif est le radical nu du verbe ; compare-le à l'indicatif en -t :
| conjugaison | impératif (ordre) | indicatif (constat) |
|---|---|---|
| [1] en -āre | numerā! | numerat |
| [2] en -ēre | tacē! | tacet |
| [3] en -ere | pōne! | pōnit |
| [4] en -īre | venī! | venit |
Le schéma narratif du chapitre est toujours le même : l'ordre, puis son exécution.
Domina imperat: «Venī, Lȳdia!» Ancilla venit: dominae pāret. — La maîtresse ordonne : « Viens ! » La servante vient : elle obéit.
Note la paire imperat ↔ pāret : imperāre, c'est commander ; pārēre, obéir.
Les quatre conjugaisons, première rencontre
Le tableau ci-dessus est plus important qu'il n'en a l'air : c'est la première présentation des quatre conjugaisons, numérotées [1]–[4] dans la marge du livre. La voyelle de l'impératif est leur signature : -ā long, -ē long, -e bref, -ī long. Retiens dès maintenant à quelle famille appartient chaque verbe nouveau (numerāre [1], habēre et tacēre [2], pōnere, sūmere et discēdere [3], venīre et audīre [4]) : tout le système verbal à venir s'y accrochera.
is et eius — suus ou eius ?
Is reprend un masculin déjà nommé : Dominus servum vocat; is venit. (« … celui-ci vient. ») Son génitif eius dit le possesseur : sacculus eius = « sa bourse (à lui/à elle, dont on vient de parler) ». Le paradigme complet de is ea id viendra au chapitre VIII ; pour l'instant, deux formes suffisent.
La nuance essentielle du chapitre oppose eius au possessif réfléchi suus -a -um :
Tullia sacculum suum habet. — Tullia a sa bourse (la sienne : suum renvoie au sujet). Titus sacculum eius sūmit. — Titus prend sa bourse (celle d'une autre — de Tullia).
Règle d'or : suus = du sujet de la phrase ; eius = d'un autre. Le français dit « sa » dans les deux cas — le latin, jamais.
quod : le relatif neutre
Le chapitre III t'a donné quī (masculin) et quae (féminin) ; voici le neutre quod, qui complète la série :
puer quī venit — puella quae cantat — baculum quod in mēnsā est
La relative peut s'enchâsser entre l'antécédent et le verbe — lis-la d'un seul mouvement, sans chercher le verbe plus loin : Baculum, quod in mēnsā est, dominī est.
Numerī : compter jusqu'à dix
| I | II | III | IV | V | VI | VII | VIII | IX | X |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| ūnus | duo | trēs | quattuor | quīnque | sex | septem | octō | novem | decem |
À la question Quot nummī in sacculō sunt? on répond en énumérant : In sacculō septem nummī sunt. Et s'il n'y en a pas un seul : nūllus (= nōn ūnus) — nūllus nummus, nūlla pecūnia, nūllum baculum : l'accord se fait comme pour bonus -a -um. Note aussi tantum (« seulement ») : nōn decem, sed tantum novem nummī.
adest, abest : les composés de esse
Deux préverbes collés à esse : ad- (« auprès ») et ab- (« au loin »). Adest = hīc est, il est là ; abest, il est absent — deux contraires à apprendre en paire. Au pluriel : adsunt, absunt.
Lȳdia adest; Stichus abest.
De la même famille que discēdere (« s'en aller ») et rūrsus (« de nouveau ») : les allées et venues sont le moteur de tout le chapitre.
Les mots de la grammaire
La section GRAMMATICA LATINA baptise en latin ce que tu viens d'apprendre : le vocātīvus (< vocat : le cas pour appeler), l'imperātīvus (< imperat : le mode de l'ordre), l'indicātīvus (le mode de l'énoncé). Le livre parle latin même pour parler de lui-même — ces trois mots reviendront sans cesse.
À retenir en une ligne : vocatif -us → -e (Salvē, domine!) ; impératif -ā/-ē/-e/-ī contre indicatif -at/-et/-it ; suus = du sujet, eius = d'un autre ; quī, quae, quod ; ūnus… decem, nūllus = pas un ; adest ↔ abest.