Capitulum VII — Puella et rosa
Une rose, un miroir, des larmes — et, derrière cette scène de famille, le cas qui manquait. Après le nominatif, l'accusatif, le génitif, le vocatif et l'ablatif, voici le datīvus : celui à qui l'on donne. Le chapitre y ajoute deux pronoms neufs (sē, hic haec hoc) et une nouveauté discrète mais essentielle : in + accusatif.
Le datīvus, cas du destinataire
Le livre nomme le cas d'après le verbe qui l'appelle : datīvus (abrégé dat) < dat, « il donne ». Voici ses formes aux deux déclinaisons connues :
| servus (m, 2e) | ancilla (f, 1re) | oppidum (n, 2e) | |
|---|---|---|---|
| datif singulier | servō | ancillae | oppidō |
| datif pluriel | servīs | ancillīs | oppidīs |
Rien à apprendre de neuf, ou presque : ces formes, tu les as déjà écrites. C'est justement le danger.
- -ō et -īs sont identiques à l'ablatif. Ce qui les distingue : le datif ne prend jamais de préposition. ā servō = ablatif (agent) ; servō seul, avec un verbe de don = datif.
- -ae est déjà le génitif singulier et le nominatif pluriel. rosa puellae = « la rose de la jeune fille » ; puellae rīdent = « les filles rient » ; puellae rosam dat = « il donne une rose à la jeune fille ». Seule la phrase tranche.
Le paradigme complet de servus compte désormais six cases : servus, serve, servum, servī, servō, servō.
Trois participants dans une phrase
Un verbe de don en réclame trois, et chacun a son cas :
Cornēlius servō mālum dat. — Cornélius donne une pomme à l'esclave. qui donne (nominatif) — à qui (datif) — quoi (accusatif)
Même chose avec le baiser, qui se « donne » en latin : Tullia Cornēli*ō ōsculum dat*.
Cui …? demande le destinataire, et la réponse est un datif nu :
Cui pater mālum dat? — Puerō. / Cui rosam dat? — Puellae.
Le même cui sert de relatif : puer cui pater mālum dat (« le garçon à qui… »), puella cui pater rosam dat. Une seule forme pour les trois genres.
Enfin le pronom is ea id gagne son datif : eī au singulier (masculin comme féminin), iīs au pluriel — le livre écrit iīs et glose lui-même iīs (= eīs).
sē : le réfléchi de 3e personne
Puella sē in speculō videt. — La jeune fille se voit dans le miroir. Līvia sē vertit. — Livia se retourne.
Trois faits : sē n'a pas de nominatif (on ne peut pas être sujet et renvoyer au sujet) ; il a la même forme au singulier et au pluriel (puerī sē vertunt) ; et il s'emploie ici à l'accusatif seulement, y compris après préposition (post sē, ad sē vocat). Le datif sibi viendra beaucoup plus tard.
hic, haec, hoc — « celui-ci »
Le démonstratif de proximité désigne ce qui est près de celui qui parle. Le chapitre n'en donne que le nominatif singulier, un par genre :
| masculin | féminin | neutre |
|---|---|---|
| hic saccus | haec rosa | hoc mālum |
Piège majeur : hic démonstratif a un i bref ; hīc « ici » (chapitre III) a un ī long. Les deux se croisent dans le chapitre, à deux lignes d'écart. Son corrélat lointain, illīc « là-bas », s'oppose de même à hīc.
in + accusatif : la triade du lieu se complète
in change de cas selon la question :
| question | construction | exemple |
|---|---|---|
| ubi ? où l'on est | in + ablatif | in hortō est |
| quō ? où l'on va | in + accusatif | in hortum currit |
| unde ? d'où l'on sort | ex / ē + ablatif | ex hortō venit |
Et ex a deux graphies, exactement comme ab / ā au chapitre VI : ex devant a, e, i, o, u, h ; ē ou ex devant les autres lettres — ex ātriō, mais ē vīllā.
nōnne ? num ? immō
Deux questions orientées, qui ne veulent pas la même réponse :
Nōnne fōrmōsa est haec rosa? → on attend oui. Num foeda est haec rosa? → on attend non.
Et pour contredire ce qu'on vient d'entendre, un seul mot : immō, « mais si », « bien au contraire » — nōn foedus sed fōrmōsus.
plēnus + génitif
plēnus (↔ vacuus) ne se construit pas avec l'ablatif, mais avec le génitif :
saccus plēnus mālōrum — oculī plēnī lacrimārum
Corrélations, impératifs, composés
Trois paires à retenir : et… et (« aussi bien… que »), neque… neque (« ni… ni »), nōn sōlum… sed etiam — où sōlum (ō long, adverbe) = tantum.
Les impératifs irréguliers se retiennent en face de l'indicatif : est / sunt → es ! este ! ; dat / dant → dā ! date ! (ā long au singulier, a bref au pluriel) ; it / eunt → ī ! īte !
Enfin les composés, que le livre décompose lui-même : in-est / īn-sunt (l'i s'allonge devant -ns-), ad-it, ex-it / ex-eunt, ad-venit.
À retenir en une ligne : datif -ō / -ae / -ō, pluriel -īs, jamais de préposition ; dat + nominatif + datif + accusatif ; Cui ? → eī, iīs ; sē accusatif sans nominatif ; hic / haec / hoc (i bref) ≠ hīc ; in + acc. pour aller, + abl. pour être ; plēnus + génitif ; nōnne attend « oui », immō contredit.