Le chapitre du calcul. Deux nouveautés portent tout le reste : le passif reçoit enfin ses six personnes, et les nombres cessent d'être faciles — le latin en fabrique certains par soustraction.
1. Le passif aux six personnes
Depuis le capitulum VI, vous lisez laudātur et laudantur. Le tableau se ferme ici :
| singulier | pluriel | |
|---|---|---|
| 1re | laudor je suis loué | laudāmur nous sommes loués |
| 2e | laudāris tu es loué | laudāminī vous êtes loués |
| 3e | laudātur il est loué | laudantur ils sont loués |
Les six finales — -r, -ris, -tur, -mur, -minī, -ntur — sont les mêmes aux quatre conjugaisons. Seule change la voyelle qui les précède, et c'est celle de l'actif :
- doce*or, docēris, docētur* — comme doceō, docēs, docet
- audi*or, audīris, audītur* — comme audiō, audīs, audit
Deux pièges tiennent en une lettre :
- laudāmus « nous louons » contre laudāmur « nous sommes loués » ;
- à la première personne, le passif ne finit pas par -ō mais par -r : laudō / laudor.
2. La seule irrégularité du tableau
À la troisième conjugaison, le -i- bref passe à -e- devant le -r- de la deuxième personne du singulier :
- reprehendis → reprehenderis
- tollis → tolleris
Partout ailleurs la voyelle ne bouge pas : reprehendimur, reprehendiminī.
3. Qui fait l'action ?
Quand le sujet reçoit l'action, celui qui la fait se dit ā (ou ab) suivi de l'ablatif — et seulement pour des personnes :
Puer ā magistrō laudātur. — l'enfant est loué par le maître.
4. Enseigner deux choses à la fois
docēre prend deux compléments d'objet, la personne et la chose, tous deux avec la même finale :
Magister discipulōs numerōs docet. — le maître enseigne les nombres aux élèves.
Le français glisse un « à » devant la personne ; le latin ne met rien.
5. Les nombres difficiles
De onze à dix-sept, la finale est -decim :
*ūndecim, duodecim, trēdecim, quattuordecim, quīndecim, sēdecim, septendecim*
Le premier élément s'use quand il est long (quīnque → quīn-, sex → sē-) et reste entier quand il est court (quattuor).
Dix-huit et dix-neuf se font à l'envers. Le latin ne dit pas octōdecim : il retire du nombre rond qui suit.
- duo-dē-vīgintī — deux ôtés de vingt (18)
- ūn-dē-vīgintī — un ôté de vingt (19)
Le procédé vaut pour chaque dizaine (duodētrīgintā, ūndētrīgintā) et jusqu'à la centaine (ūndēcentum, capitulum XIII).
Les dizaines finissent en -gintā : trīgintā, quadrāgintā, quīnquāgintā, sexāgintā, septuāgintā, octōgintā, nōnāgintā. Seuls decem, vīgintī et centum y échappent.
Les centaines ont deux finales :
- -centī après deux, trois et six : ducentī, trecentī, sescentī
- -gentī partout ailleurs : quadringentī, quīngentī, septingentī, octingentī, nōngentī
6. Ce qui se décline et ce qui ne se décline pas
Les nombres latins ne changent pas de forme, à trois exceptions près : ūnus, duo, trēs — et les centaines, qui sont des adjectifs pluriels ordinaires.
- quadrāgintā ovēs, quadrāgintā dēnāriōs — rien ne bouge
- quīngent*ae ovēs*, septingent*ōs dēnāriōs* — le nombre prend la finale du mot compté
7. Les rangs en -ēsimus
Après les douze premiers rangs du capitulum XIII, toutes les dizaines et toutes les centaines prennent le suffixe -ēsimus, -a, -um : vīcēsimus (20e), trīcēsimus (30e), centēsimus (100e), mīllēsimus (1000e). Ce sont des adjectifs ordinaires, qui s'accordent.
8. L'adverbe en -ē
D'un adjectif en -us, le latin tire un mot qui dit comment se fait l'action, avec un ē final long :
rēctus → rēctē · prāvus → prāvē · aequus → aequē
L'adjectif s'accorde avec un nom ; l'adverbe ne change jamais.
9. quisque : chacun, et à chacun le sien
quisque est fait de deux morceaux soudés, et un seul des deux se décline :
| masculin | féminin | neutre | |
|---|---|---|---|
| sujet | quisque | quaeque | quodque |
| objet | quemque | quamque | quodque |
| à qui | cuique | cuique | cuique |
| de qui | cuiusque | cuiusque | cuiusque |
Le -que final ne bouge jamais : mettez-le de côté, et vous retrouvez la déclinaison de quis (capitulum II). Au pluriel, quīque, quōsque, quōrumque, quibusque.
Deux choses à retenir :
- le mot reste au singulier même quand il porte sur plusieurs — quisque discipulus respondet, « chaque élève répond » ;
- la forme qui dit à qui est la même aux trois genres, et c'est elle qui porte le tour suum cuique, « à chacun le sien ».
10. L'adjectif à une seule terminaison
magnus (capitulum I) donne trois formes au dictionnaire, brevis (capitulum XII) en donne deux, l'une pour le masculin-féminin, l'autre pour le neutre. Un troisième gabarit apparaît ici :
absēns, absentis · prūdēns, prūdentis
Au nominatif, une seule forme pour les trois genres — vir absēns, fēmina absēns, respōnsum absēns. Et rien dans cette forme n'annonce le radical : le -t- n'apparaît qu'à la finale suivante.
| sujet | absēns |
| objet | absentem |
| de qui | absentis |
| pluriel | absentēs, absentium |
C'est pourquoi le dictionnaire donne ici le génitif en seconde forme, et non un féminin : c'est le seul endroit où le radical se lit.
11. Le verbe sans sujet
oportet n'existe qu'à la troisième personne du singulier, et il appelle toujours un infinitif derrière lui :
Prīmum cōgitāre oportet. — il faut d'abord réfléchir.
C'est le voisin de licet (capitulum XV), avec une différence de poids : licet permet, oportet oblige.
12. Deux verbes qui n'ont que la forme du passif
partior, partī*ris, partītur* et largior, largī*ris, largītur*. La finale est celle du passif, le sens est bien actif : celui qui partage n'est pas partagé. Ces verbes n'ont pas de tableau actif du tout — partit n'existe pas.
13. Deux quantités à surveiller
- dare (capitulum VII) a un radical à a bref : damus, datis, datur — mais dā et dās, où la voyelle est longue.
- facilis et difficilis font leur degré le plus haut en -limus : facillimus, difficillimus, jamais -issimus.