Le chapitre de l'écriture. On y apprend de quoi l'on écrit, sur quoi, avec quoi — et surtout deux manières de compter : la lettre qui manque et celle qui est en trop, puis le nombre des fois.
1. Ce qui manque, ce qui reste en trop
Deux composés de esse, bâtis comme adesse et abesse du capitulum IV :
| manquer | être en trop | |
|---|---|---|
| singulier | dēest | superest |
| pluriel | dēsunt | supersunt |
La construction est le piège. Ce qui manque est le sujet du verbe, jamais son complément :
Littera dēest. — il manque une lettre (littéralement : une lettre est absente). Duae litterae supersunt. — il y a deux lettres en trop.
Notez la graphie : deux e se suivent au singulier, dēest, dēestis, dēesse — et jamais au pluriel, dēsunt.
2. L'adjectif qui n'a qu'une seule forme
brevis, breve (cap. XII) en avait deux. frequēns n'en a qu'une, la même pour les trois genres.
frequēns vir, frequēns apis, frequēns vocābulum
Et son radical ne se lit pas sur le nominatif : il se lit sur le génitif, exactement comme pour un nom de troisième déclinaison.
frequēns, frequentis → radical frequent- → frequentem, frequentī, frequentēs, frequentia, frequentium
Le ē long du nominatif ne revient nulle part ailleurs.
3. Quel ? Tel. — et le reste de la famille
Trois couples se ressemblent et ne demandent pas la même chose :
| question | réponse | sur quoi ? |
|---|---|---|
| quālis ? | tālis | la sorte |
| quantus ? (cap. VIII) | tantus | la grandeur |
| quot ? (cap. II) | tot (cap. XVII) | le nombre |
quālis et tālis sont des adjectifs : ils s'accordent avec le nom dont ils disent la qualité — Quālis est cēra? Tālis est quālis tua.
Ils n'ont ni comparatif ni superlatif : on ne compare pas « tel ».
4. Combien de fois ?
Le couple de la fréquence : quotiēs ? … totiēs. Il compte les fois, là où quandō (cap. XIII) situe le moment.
Les quatre premiers adverbes numéraux sont des mots à part, que le nombre ne laisse pas deviner :
semel (1), bis (2), ter (3), quater (4)
Seul le dernier laisse encore entendre quattuor. À partir de cinq, la série devient régulière : le nombre reçoit -iēs.
quīnqu*iēs, sexiēs, septiēs, deciēs*
Le -m de decem tombe devant le suffixe : deciēs, non *decemiēs.
5. Le composé change sa voyelle
premere devient imprimere : le -e- du radical passe à -i-.
- premis → imprimis
- capere → accipere (cap. VIII)
- facere → efficere (ce chapitre)
La voyelle brève d'un radical s'affaiblit dès qu'un préfixe la repousse loin du début du mot.
6. La voyelle et la consonne
vōcālis « a de la voix » et se prononce seule ; cōnsonāns « sonne avec » et ne se dit pas sans une voisine. Les deux mots sont féminins chez Ørberg, parce qu'on sous-entend littera, et tous deux font leur génitif pluriel en -ium : vōcālium, cōnsonantium.
Attention à cōnsonāns : le ā long n'est qu'au nominatif singulier. Partout ailleurs, le radical est cōnsonant-, bref.
7. Le superlatif, suite
Rien de neuf depuis le capitulum XIII, mais neuf adjectifs de plus le prennent :
- ordinaire : dūr*issimus, rārissimus, mollissimus, turpissimus, frequentissimus*
- en -er : impigerrimus (comme pulcherrimus)
- en -lis : fac*illimus, difficillimus* (cap. XVII)
Une exception à retenir : varius ne se compare pas. Son radical finit déjà par un -i-, et le latin dit magis varius, maximē varius.
8. Le même : īdem, eadem, idem
C'est le pronom is, ea, id (capitulum VI) avec la petite syllabe -dem collée au bout. Tout ce que vous savez de is sert donc ici — à une soudure près.
| masculin | féminin | neutre | |
|---|---|---|---|
| sujet | īdem | eadem | idem |
| objet | eundem | eandem | idem |
| de qui | eiusdem | eiusdem | eiusdem |
| à qui | eīdem | eīdem | eīdem |
| pluriel | iīdem, eōs*dem, eōrundem* | eaedem, eās*dem, eārundem* | eadem |
Deux choses, et rien de plus :
- le -m devient -n devant le d : eum + dem → eundem, eam + dem → eandem, eōrum + dem → eōrundem. Un m se dit mal juste avant un d.
- une quantité sépare deux formes : īdem au masculin, avec l'ī long (is + dem allonge la voyelle), contre idem au neutre, avec l'i bref (id + dem, où le d tombe et n'allonge rien).
9. Les degrés de l'adverbe
L'adverbe se compare comme l'adjectif, et plus simplement : il ne change ni de genre, ni de nombre, ni de place. Trois formes, un point c'est tout.
| rārō | rārius | rārissimē |
| saepe | saepius | saepissimē |
- le comparatif est le neutre de l'adjectif, en -ius : rārior, rārius — c'est la seconde forme qu'on prend ;
- le superlatif prend -issimē, avec un ē final long : rārissimus → rārissimē.
Deux adverbes changent de mot en changeant de degré. Aucune règle ne les produit ; ils sont à savoir, comme « bien, mieux, le mieux » :
| bene | melius | optimē |
| male | peius | pessimē |
Le latin en fait autant pour multum, dont le comparatif est plūs (capitulum XIX), et pour magnopere, qui donne magis et maximē — les deux mots par lesquels se comparent les adjectifs en -ius (§ 7).
10. suum cuique
quisque, « chacun », est du capitulum XVII. Le chapitre lui ajoute son tour le plus célèbre :
Suum cuique. — à chacun le sien.
cuique dit à qui, et c'est la même forme aux trois genres. La formule ne dit pas qu'on donne la même chose à tous : elle dit qu'on donne à chacun ce qui lui revient.
11. Deux pièges de vocabulaire
- mercēs, mercēdis est le salaire, ce que reçoit celui qui a peiné. merx, mercis (cap. XVI) est la marchandise. Même famille, deux choses.
- papȳrus a l'y long ; zephyrus l'a bref. Les deux mots sont grecs et ne se traitent pas de même.
12. Rappelés, non enseignés
- fierī sert de passif à facere : le latin ne dit pas *fācitur. Le cours n'en a que les trois formes du capitulum XVI — fit, fīunt, fierī.
- cum « quand » (cap. X) est un mot différent de cum « avec » (cap. V), et il se construit ici avec l'indicatif. Le cum du subjonctif attendra le capitulum XXIX.
La lectūra du chapitre
Apis in cērā — une tablette de cire laissée ouverte, une abeille qui entre avec le vent d'ouest, et deux enfants qui lisent dans les traces de ses pattes un mot que personne n'a écrit. Rien de tout cela n'est dans le livre : chez nous, personne n'écrit.