Le chapitre du temps passé. Jusqu'ici, une chose se faisait, s'était faite ou allait se faire ; ici, elle est arrivée, et c'est fini. Le latin y gagne un quatrième temps — et, pour la première fois du cours, une forme qui ne tient pas dans un seul mot.
Ce que le livre enseigne et que le cours ne peut pas encore servir : le pronom aliquis, aliquid (« quelqu'un, quelque chose »), dont notre générateur de formes n'a pas la table. Le mot n'est pas enseigné, et aucune de ses formes n'apparaît nulle part. nēmō (capitulum X) et les neutres pluriels multa, omnia portent seuls l'idée.
1. Le parfait : six finales pour tous les verbes
| singulier | pluriel | |
|---|---|---|
| 1re | nārrāvī j'ai raconté | nārrāvimus nous avons raconté |
| 2e | nārrāvistī tu as raconté | nārrāvistis vous avez raconté |
| 3e | nārrāvit il a raconté | nārrāvērunt ils ont raconté |
Les six finales — -ī, -istī, -it, -imus, -istis, -ērunt — sont les mêmes aux quatre conjugaisons et aux irréguliers. Deux repères :
- -istī et -istis ne se rencontrent nulle part ailleurs : partout où vous les lisez, le fait est achevé ;
- -ī à la première personne, et non -ō : nārrō « je raconte » contre nārrāvī « j'ai raconté ».
Et esse, dont le radical n'a rien à voir avec sum :
fu*ī, fuistī, fuit, fuimus, fuistis, fuērunt*
2. Le radical, lui, ne se devine pas
C'est toute la difficulté du chapitre, et la raison pour laquelle un dictionnaire donne trois formes de chaque verbe. Quatre procédés, dans ce seul chapitre :
| procédé | présent | parfait |
|---|---|---|
| un -v- s'ajoute | nārrō | nārrāvī |
| la voyelle s'allonge, une consonne tombe | vincō | vīcī |
| la première syllabe se répète | fallō | fefellī |
| deux consonnes se soudent | cōnspiciō | cōnspexī |
Le seul remède est de les apprendre par cœur, un par un — et le chapitre en donne neuf.
3. victus, victa, victum — le mot qui dit ce qui A ÉTÉ fait
Chaque verbe fournit aussi un mot qui se décline comme bonus et qui s'accorde avec ce qu'il décrit :
puer victus l'enfant vaincu · vestis mūtāta le vêtement changé · cornū frāctum la corne brisée
Il ne se conjugue pas, il ne porte pas de personne. Ne le confondez pas avec le verbe :
- vīcit — il a vaincu (il agit)
- victus — vaincu (il subit)
Beaucoup d'adjectifs latins ne sont rien d'autre : falsus, « faux », est le mot que fallere fournit — ce qui a trompé est ce qui est faux. C'est déjà le cas de doctus et docēre (capitulum XVII).
4. Deux mots pour une seule idée
C'est la nouveauté de forme la plus importante du cours. Au présent, le passif se lit dans la finale du verbe ; au parfait, il se lit dans la présence d'un second mot :
| un seul mot | deux mots | |
|---|---|---|
| présent | laudātur il est loué | |
| parfait | laudā*tus est* il a été loué |
Le partage du travail est net :
- le premier mot s'accorde avec le sujet, comme un adjectif : puer laudāt*us est*, puella laudāt*a est*, puerī laudāt*ī sunt* ;
- le second mot porte la personne, et rien d'autre : est, sunt, sum, es…
Et voici le paradoxe qu'il faut accepter tout de suite : le second mot est au présent, alors que l'ensemble parle du passé. Cognitus est ne veut pas dire « il est reconnu » mais « il a été reconnu ».
Bōs ā servō cōnspectus est. — le bœuf a été aperçu par l'esclave.
5. L'infinitif parfait en -isse
Radical du parfait, plus -isse :
nārrāvisse · vīcisse · fuisse
Il sert à rapporter ce qu'on affirme d'un fait passé :
Puer sē nōn pugnāvisse ait. — l'enfant affirme qu'il ne s'est pas battu.
6. La quatrième déclinaison reçoit ses neutres
cornū et genū. Tout le singulier se dit cornū, sauf le génitif :
| singulier | pluriel | |
|---|---|---|
| sujet, objet | cornū | cornua |
| dont | cornūs | cornuum |
| à, par | cornū | cornibus |
Le piège tient dans une seule voyelle : le ū de cornū est long, le u de cornua est bref. Le nombre s'entend, il ne se voit presque pas.
7. On ne croit pas quelqu'un — on croit à quelqu'un
crēdere met la personne au datif :
Nēmō puer*ō crēdit.* — personne ne croit l'enfant.
Le français cache la construction sous un complément d'objet ordinaire. C'est le genre de détail qui se paie à la traduction.
8. Deux mots de lieu et de temps
- humī — « par terre », sans préposition. C'est le locatif du capitulum VI, celui de Rōmae et de domī (capitulum XV). humus est une deuxième déclinaison féminine, comme les noms d'arbres.
- postquam met une action après une autre, et le verbe qu'il porte est au parfait : postquam bōs cognitus est, puer excūsātus est. Son voisin interim fait l'inverse : il met les deux faits en même temps.
9. āiō, le verbe qui n'existe qu'à moitié
De tout son tableau, le livre ne donne que ais, ait, āiunt — comme inquit (capitulum XIV) et oportet (capitulum XVII). Il affirme, là où dīcere se contente de rapporter des mots. Sa question se contracte même en ain', c'est-à-dire ais-ne : « vraiment ? ».
Pièges d'écriture
- bōs porte son ō long au seul nominatif : tout le reste se fait sur bov- — bovis, bovī, bovem, bove, bovēs. Et le pluriel garde trois formes à part : boum, bōbus.
- solum, solī n. « le sol », a l'o bref. Trois mots se ressemblent et ne se confondent pas : sōlum « seulement » (ō long, capitulum VII), sōlus, sōla, sōlum « seul » (capitulum V), et ce solum neutre.
- cruor a l'o bref au nominatif seul, et l'ō long partout ailleurs — cruōris, cruōrem —, exactement comme honor (capitulum XIV). Il dit le sang versé, quand sanguis (capitulum XI) dit celui qui fait vivre.
- venit (e bref, il vient) contre vēnit (ē long, il est venu) : c'est le piège le plus coûteux du chapitre, et il ne s'entend que sur une voyelle.
- mentīrī n'a que la forme du passif — mentior, mentīris, mentītur —, comme partīrī et largīrī (capitulum XVII). mentit n'existe pas.
- candidus est le blanc qui brille ; albus (capitulum IX) dit seulement la couleur.