Le chapitre de la porte fermée. Il enseigne du vocabulaire de seuil et de gond, mais il fait surtout une chose beaucoup plus grande : il retourne le verbe latin et montre qu'il ne repose pas sur un radical, mais sur trois.
Ce que le livre enseigne et que le cours sert maintenant :
- le supin, en -um après un mouvement (venit monitum) et en -ū après un adjectif (facile dictū). Le générateur possède désormais ses deux cases, et les exercices les font distinguer du participe et de l'infinitif ;
- le présent actif de ferre : ferō, fers, fert, ferimus, fertis, ferunt. Les quatre personnes qui avaient été mises en réserve au capitulum XII sont maintenant ouvertes et pratiquées ici.
Ce qui reste hors de portée :
- le pronom iste, ista, istud, dont notre générateur n'a pas la table. hic et ille portent seuls la démonstration ;
- les formes composées du parfait (pulsus est, rūpisse au passif, les infinitifs futurs). Notre générateur n'en produit aucune par décision : une case vaut un mot, or pulsus est en vaut deux. Le participe s'apprend ici, seul et décliné ; la soudure avec esse est la charge du capitulum XXI.
1. Le verbe a trois thèmes
C'est le point du chapitre, et il change la façon de lire un dictionnaire.
- Une entrée de verbe ne donne pas une forme mais trois : pellō, pepulī, pulsum.
- Chacune commande une famille entière :
- le thème du présent (pell-) donne pellit, pellēbat, pellet, pellere ;
- le thème du parfait (pepul-) donne pepulit, et tout le passé accompli ;
- le thème du supin (puls-) donne le participe parfait pulsus, pulsa, pulsum.
- Savoir un verbe latin, c'est savoir ses trois thèmes. Aucun ne se déduit des autres.
2. Le deuxième thème ne se devine pas
Le chapitre en est le catalogue, et c'est délibéré : Ørberg rassemble ici des verbes exprès pour que la règle qu'on croyait tenir se casse.
| procédé | exemples |
|---|---|
| redoublement | pellō → pepulī · mordeō → momordī |
| voyelle allongée | rumpō → rūpī · prehendō → prendī |
| -s- | cēdō → cessī · vinciō → vīnxī · admittō → admīsī |
| -u- | moneō → monuī · terreō → terruī · fremō → fremuī |
| nasale tombée | scindō → scidī |
| rien du tout | solvō → solvī — le parfait ne se distingue du présent qu'à la finale |
Deux pièges à retenir :
- prehendit est le présent, prendit le parfait : le -he- tombe.
- vincīre est « lier » (vīnxī, vīnctum), vincere est « vaincre » (vīcī, victum). Rien ne les relie.
3. Le participe parfait
- Il sort du troisième thème, et il se décline exactement comme bonus : vīnctus, vīncta, vīnctum.
- Il dit ce que le nom a subi, et il s'accorde avec lui en genre, en nombre et en cas.
- Il ne demande aucun auxiliaire pour fonctionner. Canis territus saluit — « le chien, effrayé, bondit ». Le participe est simplement posé à côté du nom.
4. L'ablatif absolu
- Un nom et un participe, tous deux à l'ablatif, détachés du reste de la phrase.
- Ils disent la circonstance, puis la phrase repart de zéro avec son propre sujet.
Catēnā ruptā, canis forās cucurrit. — « Une fois la chaîne rompue, le chien courut dehors. »
Cane vīnctō, iānitor forēs clausit. — « Le chien une fois attaché, le portier ferma les battants. »
Ni catēnā ni ruptā ne dépend de cucurrit : c'est de cette indépendance que vient le nom d'absolu, « délié ».
5. Le temps relatif de l'infinitif
- L'infinitif présent dit que la chose se passe en même temps que le verbe qui le porte.
- L'infinitif parfait actif — rūpisse, accessisse, cessisse — dit qu'elle est arrivée avant.
- Et cela, quel que soit le temps du verbe principal : l'infinitif ne marque pas un moment, il marque un ordre.
Faber canem catēnam rūpisse dīcit. — l'artisan dit que le chien a rompu la chaîne.
6. Les adjectifs de matière
D'un nom de matière, le latin tire une qualité, avec le suffixe -eus (le -e- est bref) :
- aurum → aureus, aurea, aureum — d'or
- lignum → ligneus — de bois
- ferrum → ferreus — de fer
Ce sont des adjectifs de première classe tout ordinaires, et ils s'accordent avec leur nom comme n'importe quel autre : catēna aurea, cardō ferreus, forēs ligneae.
7. ferōx, un seul nominatif pour trois genres
- ferōx sert au masculin, au féminin et au neutre.
- Le radical ne se lit pas sur le nominatif mais sur le génitif, ferōcis, exactement comme chez un nom de troisième déclinaison.
| masc. / fém. | neutre | |
|---|---|---|
| nominatif sg. | ferōx | ferōx |
| accusatif sg. | ferōcem | ferōx |
| ablatif sg. | ferōcī | ferōcī |
| nominatif pl. | ferōcēs | ferōcia |
8. Dedans, dehors
Deux prépositions et deux adverbes, sur la même idée.
- extrā et intrā demandent l'accusatif, toujours : extrā vīllam, intrā iānuam. Ils sont bâtis sur le même -trā que contrā.
- forās et forīs ne diffèrent qu'à la finale, et c'est le mouvement qui les sépare :
- forās — vers le dehors, avec mouvement : forās īre, sortir ;
- forīs (ī long) — dehors, là où l'on est : forīs stāre, attendre dehors.
C'est exactement l'opposition de in + accusatif et in + ablatif, figée sur deux mots. Et attention : foris, avec un i bref, est tout autre chose — c'est un nom, le battant d'une porte.
9. Trois constructions à retenir
- cēdere et resistere appellent le datif : on ne cède pas quelqu'un, on cède à quelqu'un — canī cēdit, canī resistit. Les deux verbes disent le contraire l'un de l'autre et se construisent pareil.
- cavēre prend à l'accusatif ce dont on se garde : Cavē canem, la phrase même que les Romains écrivaient à leur porte.
- arbitrārī est un troisième verbe à forme passive et sens actif, après ceux des capitula XVI et XVII : arbitror, arbitrāris, arbitrātur. Celui qui juge n'est pas jugé.
10. quis, quid, dans un autre emploi
Vous connaissez quis depuis le capitulum I, où il interroge. Après sī, nisi, num et nē, il ne demande plus rien : il vaut « quelqu'un », « quelque chose », abrégé d'aliquis.
Les formes sont exactement les mêmes. Seul le sens change, et c'est le petit mot qui précède qui vous prévient.