Le chapitre du passé du passé. Depuis le capitulum XXI, le latin sait dire ce qui est arrivé ; il apprend ici à dire ce qui était déjà arrivé quand cela est arrivé. C'est le premier temps du cours qui ne se mesure pas au moment où l'on parle, mais à un autre moment du passé — et c'est aussi, en récompense, le plus régulier de tous.
La limite de ce chapitre, dite plutôt que cachée : il apporte deux mots qu'une seule quantité sépare de mots que vous connaissez déjà — os, ossis « l'os » (o bref) contre ōs, ōris « la bouche » (ō long, capitulum XI), et latus, lateris « le côté » (a bref) contre lātus, lāta, lātum « large » (ā long, capitulum XII). Notre correction ne punit jamais un macron oublié ; ces deux couples ne vous seront donc jamais demandés au clavier, seulement à la lecture, où l'œil voit la différence.
1. Le plus-que-parfait actif : une seule règle
On prend le radical du parfait (capitulum XXI) et on lui colle l'imparfait d'esse (capitulum XIX). C'est tout.
| singulier | pluriel | |
|---|---|---|
| 1re | flēveram j'avais pleuré | flēverāmus nous avions pleuré |
| 2e | flēverās tu avais pleuré | flēverātis vous aviez pleuré |
| 3e | flēverat il avait pleuré | flēverant ils avaient pleuré |
Les six finales sont les mêmes aux quatre conjugaisons et aux irréguliers, sans une exception :
frēgerat · percusserat · converterat · recubuerat · cupīverat · ignōrāverat
Et esse, qui contient alors deux fois l'idée d'être — une dans le radical, une dans la finale :
fu*eram, fuerās, fuerat, fuerāmus, fuerātis, fuerant*
2. Un temps qui ne va jamais seul
« Il avait pleuré » ne dit rien tant qu'on n'a pas dit quand. Le plus-que-parfait attend toujours un second moment auquel se mesurer, et le latin le lui donne : iam, nōndum, postquam, cum.
Cum māter vēnit, puella iam flēverat. Quand la mère arriva, la petite avait déjà pleuré.
Deux verbes, deux moments : la mère arrive à un point du passé, les larmes sont derrière ce point. Si les deux verbes avaient la même finale, la phrase ne dirait plus que l'un précède l'autre — elle les mettrait côte à côte.
C'est pour cela que ce chapitre vous donne huit adverbes d'un coup. Un récit à deux étages a besoin de ranger ses moments :
| prīmō | au commencement, par opposition à la suite |
| dēnuō | de nouveau, depuis le début, comme si rien n'avait eu lieu |
| subitō | tout à coup — rien ne l'annonçait |
| continuō | aussitôt — rien ne s'est intercalé |
| certō | à coup sûr |
| valdē | très, fortement · aliter autrement · intus à l'intérieur |
3. Le passif en deux mots — vous connaissez déjà le geste
Au capitulum XXI vous avez appris que vocātus est fait deux mots pour une seule idée. Ici, un seul de ces deux mots change :
| medicus vocātur | on l'appelle (maintenant) — un mot |
| medicus vocātus est | on l'a appelé — deux mots |
| medicus vocātus erat | on l'avait appelé — deux mots |
Le partage du travail n'a pas bougé d'un pouce :
- le premier mot s'accorde avec le sujet comme un adjectif — vocātus, vocāta, vocātum ;
- le second porte la personne, le nombre et le moment — est ou erat.
Ossa frācta erant. Les os avaient été brisés. — frācta finit par -a parce que ossa est un pluriel de choses ; erant est au pluriel parce qu'il y a plusieurs os. Chacun des deux fait son travail, et un seul ne suffit jamais.
Le tableau complet, tel que le livre le donne :
vocāt*us eram · vocātus erās · vocātus erat · vocātī erāmus · vocātī erātis · vocātī erant*
4. Les déponents au parfait : même charpente, sens actif
Les verbes du capitulum XVI n'ont aucune forme active. Pour dire leur passé, ils empruntent donc la charpente en deux mots — et gardent leur sens actif :
mīrāta est — elle s'est étonnée (et non : elle a été admirée) passa erat — elle avait enduré (et non : elle avait été endurée)
C'est la seule difficulté du chapitre qui ne soit pas de forme mais de sens. Deux déponents neufs entrent ici, et ce sont eux qui portent le point : mīrārī s'étonner, patī endurer.
5. nōvī veut dire « je sais »
nōscere, c'est apprendre à connaître. Quand l'apprentissage est fini, on connaît — si bien que le passé de ce verbe dit un présent :
- nōvī — je connais (et non : j'ai connu)
- nōverat — il connaissait (et non : il avait connu)
Le sens recule d'un cran quand la forme avance d'un temps. C'est le seul verbe du chapitre dont le -erat ne se traduit pas par « avait ». Son contraire est donné en même temps : ignōrāre, ne pas savoir — non pas se tromper, mais n'avoir jamais appris.
6. convertit, le mot qui est deux formes
Chez convertere, le présent et le passé de la troisième personne du singulier s'écrivent exactement pareil — convertit —, sans même un macron pour les séparer. Seul le nouveau temps tranche :
convertit (il retourne ou il retourna) · converterat (il avait retourné)
Voilà un argument inattendu en faveur du temps que vous apprenez ici.
7. Le reste du chapitre
pār, paris et impār, imparis — deux adjectifs de 3e déclinaison à une seule terminaison, comme dīves et pauper (capitulum XIX). Le radical se lit sur le génitif, jamais sur le nominatif : pār mais parem, parī, parēs, paria, parium.
strepitus et tumultus — deux masculins de 4e déclinaison, sur le modèle de gradus et manus (capitulum XII). Avec cornū et genū (capitulum XXI), la déclinaison est complète. Attention : strepitus (un) et strepitūs (plusieurs) ne se séparent que par la longueur d'un u.
Trois mots pour le bruit, et ils ne sont pas interchangeables : sonus est le bruit sans jugement, strepitus le bruit trop grand fait par les choses, tumultus le désordre fait par les gens.
iūxtā — préposition + accusatif : tout contre, la pièce d'à côté.
etsī (et + sī) concède : « même si ». cēterum réserve : « du reste ».
plūsquamperfectum — le latin nomme enfin le temps qu'il vient d'enseigner, « plus que fini », après imperfectum et perfectum (capitulum XXI). Notre mot français n'en est que la traduction littérale.
8. Ce que le chapitre ne fait pas encore
L'impératif des déponents (sequere !, loquere !) : l'une de nos sources le place ici, mais l'index d'Ørberg lui-même le date du capitulum XXV. Aucune de ses formes n'apparaît dans ce dossier.