Le chapitre du gérondif. Le latin savait dire volāre, « voler » ; il apprend ici à dire l'art DE voler, prêt À voler, fatigué DE voler — c'est-à-dire à décliner l'action elle-même.
Ce que ce chapitre ne vous demandera jamais au clavier : il apporte līber, lībera, līberum « libre » (ī long), qui s'écrit comme liber, librī « le livre » (i bref, capitulum II). Notre correction ne punit jamais un macron oublié ; ce couple ne vous sera donc proposé qu'à la lecture, où l'œil voit la différence.
1. Le gérondif : ce qu'il est
- C'est un nom neutre singulier de 2e déclinaison, fabriqué sur le verbe.
- On le fabrique en une syllabe : radical du présent + -nd- + la finale.
- Il n'a que quatre cases, et le livre n'en exerce vraiment que trois.
- Il ne s'accorde jamais avec rien : il reste tel quel, quoi qu'il y ait autour.
- Et surtout : il reste un verbe. Il garde son complément, son adverbe, sa négation.
| conjugaison | infinitif | gérondif |
|---|---|---|
| 1re | levāre | levandum, levandī, levandō |
| 2e | docēre | docendum, docendī, docendō |
| 3e | legere | legendum, legendī, legendō |
| 3e mixte | effugere | effugiendum, effugiendī, effugiendō |
| 4e | invenīre | inveniendum, inveniendī, inveniendō |
- Deux pièges, et tous deux de voyelle. La 3e ne fait pas *legandī mais legendī. La 4e et la mixte insèrent un i que le radical ne montrait pas : inveniendī, effugiendī, quatiendī.
- Il ne doit rien au supin, et c'est pourquoi il existe toujours : quatere n'a chez Ørberg ni passé ni participe, et il a pourtant son quatiendō.
2. Le gérondif : ce qu'il fait
Trois emplois, et il n'y en a pas d'autres dans ce chapitre.
| case | ce qu'elle dit | exemple |
|---|---|---|
| accusatif après ad | le but | In hortum exit ad ambulandum. — il sort au jardin pour se promener |
| génitif | l'appartenance, après un nom ou un adjectif de désir | ars canendī · tempus legendī · cōnsilium effugiendī · studiōsus discendī |
| ablatif seul | le moyen | Litterās legendō discimus. — c'est en lisant que nous apprenons |
- Avec in + ablatif, la même forme dit la circonstance : in effugiendō, « pendant qu'il s'échappait ».
- Le datif existe, mais le livre le met lui-même entre parenthèses : aucune phrase du chapitre ne l'emploie, et aucun de nos exercices ne l'exige.
3. Pourquoi il fallait l'inventer
- L'infinitif peut être sujet — volāre difficile est — mais il ne se décline pas : il ne peut ni suivre une préposition, ni suivre un nom.
- Le gérondif ne peut pas être sujet — le nominatif est déjà pris par l'infinitif — mais il peut tout le reste.
- Les deux se partagent le travail, et c'est pourquoi aucun ne remplace l'autre.
Nēmō nātūram suam mūtāre potest: ars mūtandī hominī nōn datur. Personne ne peut changer sa nature : l'art de changer n'est pas donné à l'homme.
Les deux formes du même verbe se suivent dans cette phrase : mūtāre dépend d'un verbe, mūtandī dépend d'un nom.
4. Comment on le reconnaît d'un adjectif verbal
- Vous rencontrerez plus tard (capitulum XXXI) une forme qui s'écrit exactement pareil, en -nd-, et qui, elle, s'accorde.
- Dans ce chapitre, la règle est simple : si le mot en -nd- ne bouge pas, c'est un gérondif.
- Et il garde son complément à l'accusatif : ad cēram molliendum, terram dēspiciendō.
5. celer, celeris, celere — le seul adjectif à trois terminaisons
- Le cours avait déjà les deux terminaisons (brevis, breve, cap. XII) et la terminaison unique (dīves cap. XIX, pār cap. XXIV). Voici la troisième, et c'est la seule du cursus.
- Le radical se lit sur le féminin : celer-. Le masculin garde une voyelle d'appui, comme pulcher.
| m | f | n | |
|---|---|---|---|
| nominatif sg | celer | celeris | celere |
| accusatif sg | celerem | celerem | celere |
| ablatif sg | celerī | celerī | celerī |
| nominatif pl | celerēs | celerēs | celeria |
| génitif pl | celerium | celerium | celerium |
- Le piège : celeris a l'air d'un nominatif masculin, comme brevis. Ce n'en est pas un.
- Superlatif celerrimus, avec deux r.
Deux autres viennent avec lui, à une seule terminaison, dont le radical se lit sur le génitif :
- audāx, audācis → audācem, audācī, audācium, audācia
- ingēns, ingentis → ingentem, ingentī, ingentium, ingentia (l'e est bref hors du nominatif)
6. summus et īnfimus : deux superlatifs sans positif
- Ils veulent dire « le plus haut » et « le plus bas », et ils ne se comparent donc pas : *summior n'existe pas.
- Et ils ne disent pas ce qu'on croit : summus mōns n'est pas « la plus haute montagne », mais « le haut de la montagne ».
In summō monte nix est, in īnfimō flōrēs. Sur le haut de la montagne il y a de la neige, en bas des fleurs.
Le couple des directions va avec eux : sūrsum [↑] et deorsum [↓], deux mots qu'on n'apprend qu'ensemble.
7. vidērī : « sembler »
- C'est le passif de vidēre, avec un sens que l'actif n'a pas.
- La personne à qui la chose semble se met au datif ; ce qu'elle semble être se met au nominatif.
Fabula longa mihi vidētur. — L'histoire me paraît longue.
C'est l'ancêtre direct de notre « il me semble ».
8. Trois pièges du vocabulaire
- accidit est deux formes à la fois : le présent et le passé s'écrivent pareil, sans même un macron. C'est le convertit du capitulum XXIV — seul le contexte tranche. Le verbe demande le datif : quod puerō accidit.
- persequī n'est pas cōnsequī : le premier dit l'effort (on poursuit celui qui fuit), le second le résultat (on rattrape). Le livre les met dans la même phrase pour qu'on le voie.
- paene n'est pas prope, malgré la glose du livre : paene dit un degré (paene mortuus, presque mort), prope dit un lieu (prope mare, près de la mer). L'aide-mémoire est dans le chapitre : paenīnsula, « presque une île » — et non une île voisine.
9. Cinq petits mots qui changent la couleur d'une phrase
| haud | une négation plus sèche que nōn, et qui porte sur un mot, jamais sur un verbe seul : haud facile |
| paene | presque — du degré |
| quidem | appuie le mot qui précède, et ne se met jamais en tête : carcer quidem clausus est |
| tamquam | comme si — la comparaison irréelle, quand sīcut compare deux choses réelles |
| vērum | un « mais » plus fort que sed : nōn sōlum… vērum etiam… |
Et deux conjonctions, plus une préposition :
- quoniam donne une cause déjà admise (« puisque »), quand quia en donne une neuve.
- sīn ouvre la seconde branche d'une alternative et ne s'emploie jamais seul : sī… sīn…
- trāns + accusatif traverse et sort de l'autre côté, quand per parcourt sans sortir.
10. Trois homographes à ne pas confondre
| ce chapitre | ce que vous connaissiez |
|---|---|
| līber, lībera, līberum « libre » (ī long, adjectif) — d'où lībertās | liber, librī « le livre » (i bref, nom, cap. II) — le e y tombe au génitif |
| opus, operis « l'ouvrage », tout son tableau | opus est « il est besoin » (cap. XIX), qui n'avait qu'une seule forme |
| vērum « mais » (invariable) | vērum, vērī « la vérité » (nom, cap. XV) |
11. Le latin nomme encore sa propre forme
gerundium, du verbe gerere « mener, faire » : ce qui est à faire. Après perfectum (cap. XXI) et plūsquamperfectum (cap. XXIV), c'est le troisième mot par lequel la langue se décrit elle-même — et celui-là, le français l'a pris tel quel.
12. Ce que vous rencontrerez sans avoir à le produire
- L'impératif futur en -tō, une seule fois, à la ligne 81 : Cautus estō!, « sois prudent, et reste-le ». C'est un ordre pour plus tard, quand es! est un ordre pour maintenant. Le livre n'en fait un tableau qu'au capitulum XXXIII, et nos exercices ne vous le demanderont pas.
- quisquam, « qui que ce soit », qu'Ørberg glose lui-même par ūllus homō. Nous vous donnons à sa place nēmō et ūllus, qui disent la même chose.