Le chapitre du troisième mode. Vous saviez dire ce qui est (l'indicatif, capitulum I) et commander à quelqu'un que vous avez en face de vous (l'impératif, capitulum IV). Vous apprenez ici à dire ce que vous voulez qui se fasse quand vous ne vous adressez pas à celui qui doit le faire. Le latin change alors de mode — le coniūnctīvus —, là où le français change de tournure.
Ce chapitre est le plus long du cours après le XVI : soixante-dix-sept mots. Mais il n'a qu'un seul point de morphologie, et ce point tient dans une voyelle. Le vocabulaire est celui des champs ; la leçon est ailleurs.
1. La voyelle marche à l'envers
- La 1re conjugaison, celle de l'ā, renonce à son ā et prend -e-.
- Les trois autres, qui n'avaient pas d'ā, le prennent.
| indicatif | subjonctif | |
|---|---|---|
| 1re | arat | aret |
| 2e | cēnset | cēnseat |
| 3e | colit | colat |
| 3e mixte | rapit | rapiat |
| 4e | audit | audiat |
- C'est le seul vrai obstacle du chapitre. Vingt-six chapitres vous ont appris à associer -ā- et 1re conjugaison ; il faut ici défaire cette association.
- Regardez cēnseat : le -e- du radical, puis le -a- du mode. Le mode n'efface rien, il s'ajoute.
2. Les désinences, elles, ne changent pas
- Actif : -m, -s, -t, -mus, -tis, -nt.
- Passif : -r, -ris, -tur, -mur, -minī, -ntur — celles du capitulum VI, sans une retouche.
| actif | passif | |
|---|---|---|
| 1re conj. | arem, arēs, aret, arēmus, arētis, arent | arer, arēris, arētur, arēmur, arēminī, arentur |
| 3e conj. | colam, colās, colat, colāmus, colātis, colant | colar, colāris, colātur, colāmur, colāminī, colantur |
- Rien n'est neuf au passif que la voyelle. Qui sait l'actif sait déjà le passif : arātur → arētur, colitur → colātur, rapiuntur → rapiantur.
3. Une seule irrégularité : sum
- sim, sīs, sit, sīmus, sītis, sint.
- On la reconnaît à ce qu'elle n'a pas de radical visible : entre le s- et la terminaison, il n'y a qu'un -i-.
- C'est la seule forme irrégulière que le livre date de ce chapitre. possim, velim et feram existent en latin, mais viendront plus tard.
4. Le mode ne vit jamais seul
Il suit un verbe de volonté, par ut :
- imperāre ut — ordonner que · iubēre — commander
- monēre ut — avertir de · ōrāre ut — prier que
- efficere ut — faire que · labōrāre ut — travailler pour que
Dominus imperat ut agrī bene colantur. Le maître ordonne que les champs soient bien cultivés.
Ōrō tē ut grex meus in agrō tuō pāscātur. Je te prie de laisser mon troupeau paître dans ton champ.
- Le mode ne dit pas le rapport de force. imperat ut sit et ōrat ut sit prennent exactement la même forme : l'un ordonne, l'autre supplie, et le latin ne les distingue que par le premier verbe. Ce que le mode dit, c'est seulement ceci : la chose n'est pas encore faite.
5. On ne nie pas par nōn, mais par nē
- cūrā ut veniant → cūrā nē errent.
- Deux défenses s'enchaînent par nēve, qui n'est pas un mot de plus : c'est nē soudé au -ve de ce chapitre, comme -que soude « et » depuis le capitulum II.
Pāstor vigilat nē ovēs rapiantur nēve errent.
- Attention : nē (ē long, la conjonction d'ici) n'est pas -ne (e bref, l'enclitique interrogatif du capitulum I). Nōnne audīs ? d'un côté, nē audiās de l'autre.
- Second emploi de nē, que le livre donne aussi : nē… quidem, « pas même ».
6. Les mots-outils du chapitre
- ūtī veut l'ablatif : falce ūtitur, manū ūtitur, arātrō ūtitur. Le français met un objet, le latin met le cas de l'instrument. Après carēre (capitulum XX), c'est le second verbe du cours à ce régime.
- prōdesse et nocēre veulent le datif : on ne nuit pas quelqu'un, on nuit à quelqu'un. Et prōdesse cache un -d- qui ne paraît que devant une voyelle : prōd*est, prōdestis, prōdesse* — mais prō*sum, prōsumus, prōsunt*.
- Quatre prépositions. prae, prō, abs + ablatif ; circā + accusatif.
- prae a un sens comparatif qui se passe de comparatif : prae cēterīs piger = cēterīs pigrior.
- abs n'est pas un mot neuf : c'est la forme que prend ab devant le t- de tē, et pratiquement rien d'autre.
7. Formes et mots qui méritent un arrêt
- Deux pluriels sans singulier, tous deux féminins de 3e : frūgēs, frūgum (les fruits de la terre) et precēs, precum (les prières). Après castra et arma (capitulum XII).
- Deux participes présents devenus adjectifs de dictionnaire : patiēns, patientis (de patī) et neglegēns, neglegentis (de neglegere). Ils se déclinent comme pār et impār (capitulum XXIV) : le radical se lit sur le génitif, jamais sur le nominatif.
- nēquam ne change jamais. C'est un adjectif indéclinable : homō nēquam, pāstōrēs nēquam, fēmina nēquam. Une seule forme, pour tous les genres et tous les nombres.
- rūs, rūris et son locatif rūrī, « à la campagne », sans préposition — face à in urbe. Le locatif du capitulum VI n'apparaît que sur une poignée de mots : Rōmae, domī, et celui-ci.
- agricola est masculin malgré sa finale, comme nauta (capitulum XVI) : agricola validus, jamais valida.
- Trois neutres qui n'en ont pas l'air : pecus, pecoris (le bétail), frīgus, frīgoris (le froid), sēmen, sēminis (la graine). Leur nominatif ne le dit pas ; leur génitif si.
- metitur n'est pas un déponent : c'est le passif ordinaire de metere, « le blé est moissonné ». Mais pāscuntur est un passif qui se traduit par un actif : « les brebis paissent ».
- tantum est ici un nom, et non l'adverbe « seulement » du capitulum IV : tantum pecūniae, tant d'argent — un neutre suivi du génitif, comme multum et paulum (capitulum XVI).
- quīdam, quaedam, quoddam : « un certain, l'un d'entre eux ». Ses quatre formes surprenantes sont quendam, quandam, quōrundam, quārundam — le -m du radical devient -n- devant le d-.
8. Ce que ce chapitre ne fait pas encore
- Les autres temps du subjonctif. Le livre les étale sur quatre chapitres : l'imparfait au XXVIII, le parfait au XXXII, le plus-que-parfait au XXXIII. Ici, le présent seul.
- Le subjonctif de posse, velle et ferre. Ces formes existent, mais le livre ne les date pas d'ici.
- Le mot latin du mode, en revanche, est bien de ce chapitre : coniūnctīvus, « celui qui joint » — le mode de la proposition qu'on attache à une autre. Il prend place après indicātīvus et imperātīvus (capitulum IV), et complète le trio par lequel la langue se décrit elle-même.