Capitulum VIII — Taberna Rōmāna
Une boutique de bijoux, un collier trop cher, une bague qui va ou ne va pas : le décor est plaisant, mais ce chapitre est le chapitre des pronoms. Sa Grammatica Latina décline d'un coup quis/quī, is, ille, puis hic ; son Pēnsum A n'est qu'un long exercice à trous sur des formes amputées (« Qu- », « H- », « ill- », « c- »). Autrement dit : tout ce que tu as croisé en pièces détachées depuis le capitulum I devient ici un système.
Deux cases qui changent tout
Les pronoms ne se déclinent pas comme les noms. Deux cases seulement les trahissent — mais elles suffisent à les reconnaître partout :
| génitif sg. (3 genres) | datif sg. (3 genres) | |
|---|---|---|
| quis ? / quī | cuius | cui |
| is | eius | eī |
| hic | huius | huic |
| ille | illīus | illī |
Deux faits à retenir, et rien d'autre :
- le génitif singulier est en -īus et il est le même aux trois genres — là où un adjectif dirait magnī, magnae, magnī ;
- le datif singulier est lui aussi unique aux trois genres.
Pretium huius margarītae magnum est. — Le prix de cette perle-ci est élevé. Tabernārius huic fēminae ānulum ostendit. — Le marchand montre une bague à cette femme-ci.
Au pluriel, même économie : quibus, iīs, hīs, illīs servent à la fois de datif et d'ablatif, aux trois genres.
Le neutre en -d
Deuxième signature pronominale, aussi visible que la première : au neutre singulier, les pronoms font -d, pas -um.
illud ōrnāmentum — id pretium — quod ōrnāmentum ? — aliud ōrnāmentum
Compare : pulchrum ōrnāmentum, magnum pretium. L'adjectif dit -um, le pronom dit -d.
ille : le démonstratif du lointain
| masculin | féminin | neutre | |
|---|---|---|---|
| nom. sg. | ille | illa | illud |
| acc. sg. | illum | illam | illud |
| gén. sg. | illīus | illīus | illīus |
| dat. sg. | illī | illī | illī |
| abl. sg. | illō | illā | illō |
| nom. pl. | illī | illae | illa |
| acc. pl. | illōs | illās | illa |
| gén. pl. | illōrum | illārum | illōrum |
| dat./abl. pl. | illīs | illīs | illīs |
hic reçoit ici la même table complète : hunc, hanc, hoc ; huius ; huic ; hōc, hāc, hōc ; hī, hae, haec ; hōs, hās, haec ; hōrum, hārum, hōrum ; hīs.
Piège de macron : hoc nominatif/accusatif neutre a un o bref, hōc ablatif un ō long. Et le pronom hic (i bref) n'est pas l'adverbe hīc « ici » (ī long) — les deux se croisent dans le chapitre.
Montrer de près, montrer de loin, ou seulement rappeler
Le livre donne lui-même la clé, en s'appuyant sur deux adverbes déjà connus :
| valeur | équivalence | |
|---|---|---|
| hic ānulus | celui-ci, près de moi | = ānulus quī hīc est |
| ille ānulus | celui-là, là-bas | = ānulus quī illīc est |
| is ānulus | celui dont on vient de parler | aucun geste : simple rappel |
quis ? ou quī ? — pronom ou adjectif
Le même mot interrogatif a deux emplois, et le latin les distingue par la forme :
| employé seul (pronom) | devant un nom (adjectif) |
|---|---|
| Quis venit? qui vient ? | Quī vir venit? quel homme ? |
| Quid vidēs? que vois-tu ? | Quod ōrnāmentum vidēs? quel bijou ? |
C'est au neutre que la différence saute aux yeux : quid ? « quoi ? » contre quod ōrnāmentum ? « quel bijou ? ».
Le relatif quī quae quod, lui, se complète : quō / quā à l'ablatif singulier, quārum / quōrum au génitif pluriel, quās à l'accusatif pluriel, quibus au datif et à l'ablatif pluriel.
Ecce ānulī in quibus gemmae sunt. — Voici des bagues dans lesquelles il y a des pierres.
Et il peut se passer d'antécédent : Quae margarītās amant ad hanc tabernam veniunt = eae quae…, « celles qui… ».
Dire un prix : l'ablatif
Avec cōnstāre, emere et vēndere, le prix se met à l'ablatif, sans préposition — on paie avec cet argent :
Hic ānulus vīgintī sēstertiīs cōnstat. — Cette bague coûte vingt sesterces.
Trois nombres neufs, tous indéclinables : vīgintī (XX), octōgintā (LXXX), nōnāgintā (XC) — et l'abréviation du livre, HS = sēstertiī. Quand le prix devient attribut de pretium, il repasse au nominatif : pretium est sēstertiī nōnāgintā.
tantus… quantus, satis, nimis
tantus = tam magnus ; quantus = quam magnus. Ensemble, ils disent « aussi grand que », chacun s'accordant avec son nom :
Haec margarīta nōn est tanta quanta illa. — Cette perle-ci n'est pas aussi grosse que celle-là.
Attention : tantum est aussi l'adverbe « seulement » du capitulum IV. Deux autres adverbes se placent devant l'adjectif : satis « assez » et nimis « trop » (satis parvus, nimis magnum).
Le reste en trois lignes
- alius, alia, aliud se décline en pronom (neutre aliud), et se redouble : aliae… aliae « les unes… les autres ».
- Impératif pluriel des verbes en -ere : le -e du singulier devient -ite — aspice ! aspicite ! — accipe ! accipite !
- Un composé de plus pour īre : ab-it ↔ ad-it, pluriel ab-eunt.
- accipere ā/ab + ablatif marque la source (« recevoir de »), à ne pas confondre avec l'agent du passif ; et ōrnārī + ablatif nu marque le moyen (margarītīs ōrnātur).
À retenir en une ligne : génitif sg. en -īus et datif sg. uniques aux trois genres (cuius/cui, eius/eī, huius/huic, illīus/illī) ; neutre pronominal en -d ; hic = hīc, ille = illīc, is = simple rappel ; quis ? seul mais quī ? quod ? devant un nom ; quibus datif et ablatif pluriel ; prix à l'ablatif ; tantus… quantus ; satis / nimis devant l'adjectif ; aspicite !, abeunt.