Capitulum IX — Pāstor et Ovēs
Un berger, cent moutons, un loup dans le bois : le décor est simple, et c'est tant mieux, car ce chapitre est le plus important depuis le premier. Il ouvre la troisième déclinaison — de très loin la plus fournie du latin, celle où logent pater, māter, urbs, rēx, homō, nōmen, tempus. Jusqu'ici, un nom se rangeait d'un coup d'œil : -a ou -us/-um. Fini.
Deux modèles, un seul jeu de terminaisons
| [A] pāstor, pāstōris (m.) | [B] ovis, ovis (f.) | |
|---|---|---|
| nōm. sg. | pāstor | ovis |
| acc. sg. | pāstōrem | ovem |
| gen. sg. | pāstōris | ovis |
| dat. sg. | pāstōrī | ovī |
| abl. sg. | pāstōre | ove |
| nōm./acc. pl. | pāstōrēs | ovēs |
| gen. pl. | pāstōrum | ovium |
| dat./abl. pl. | pāstōribus | ovibus |
Regarde bien : une seule case diffère, le génitif pluriel. Tout le reste est identique. Le type [A] (thème consonantique) fait -um ; le type [B] (thème en -i) fait -ium.
-ium : ovium, montium, dentium, collium, vallium, nūbium -um : pāstōrum, arborum, timōrum, clāmōrum, dēclīnātiōnum
Et le livre te donne lui-même l'exception : canis se décline comme ovis, mais son génitif pluriel est canum, jamais *canium.
Le nominatif ne dit rien : apprends le génitif
À la 1re et à la 2e déclinaison, le nominatif suffisait. Ici, il cache le radical :
| citation | radical | pourquoi |
|---|---|---|
| mōns, montis | mont- | mōns < *monts : le t tombe devant le -s |
| dēns, dentis | dent- | même chose : dēns < *dents |
| nūbēs, nūbis | nūb- | nominatif en -ēs, génitif en -is |
| arbor, arboris | arbor- | o bref partout |
| sōl, sōlis | sōl- | ō long aux deux syllabes |
D'où la règle d'or : on n'apprend jamais un nom de 3e déclinaison sans son génitif. C'est pour cela que le dictionnaire écrit pāstor -ōris, arbor -oris, dēns dentis.
Attention à la quantité : arbor, arbor*is, arbore* (o bref) contre timor, timōris, timōre (ō long). Un même -or au nominatif, deux longueurs différentes ensuite.
Le genre non plus ne se devine pas
Le livre est obligé de te le lister — c'est le prix à payer :
- féminins : ovis, vallis, nūbēs, arbor (un arbre est féminin en latin) ;
- masculins : pāstor, pānis, collis, mōns, dēns, sōl, timor, clāmor ;
- canis est donné masculin ou féminin.
Le genre se voit donc à l'adjectif, jamais au nom : ovis nigra, mais collis magnus.
-ēs : sujet ou objet ?
Au pluriel, le nominatif et l'accusatif sont identiques : ovēs, pāstōrēs, montēs, arborēs. C'est la phrase qui tranche.
Canis niger ovēs in campum dūcit. — dūcit est au singulier, son sujet est canis : donc ovēs est l'objet. Suprā montēs nūbēs sunt. — montēs est accusatif (après suprā), nūbēs nominatif (sujet de sunt).
Lis en avançant, sans sauter au verbe : c'est l'entraînement que ce chapitre impose.
Deux prépositions opposées
| cas | exemple | |
|---|---|---|
| suprā | + accusatif | suprā montēs, suprā campum |
| sub | + ablatif | sub arbore, sub arboribus |
sub + accusatif existe en latin, mais il marque le mouvement et n'arrive qu'au capitulum XXII : ici, sub est toujours statique.
ipse, ipsa, ipsum — « lui-même »
Nouveau pronom, mais déclinaison déjà connue : celle du capitulum VIII (un seul génitif ipsīus, un seul datif ipsī). Le chapitre n'en montre que quatre formes, et elles suffisent :
| masculin | féminin | |
|---|---|---|
| nōm. sg. | lupus ipse | ovis ipsa |
| acc. sg. | lupum ipsum | ovem ipsam |
ipse n'est pas is : is rappelle (« celui dont on parle »), ipse insiste (« le loup lui-même, et pas un autre »).
Trois mots-outils
- dum + indicatif présent, avec deux sens que seul le contexte sépare : « pendant que » (dum pāstor ēst, ovēs herbam edunt) et « jusqu'à ce que ».
- ut apparaît ici pour la première fois, et seulement comme comparatif : « comme, tel que », suivi d'un nominatif — lūcent ut gemmae. (ut + subjonctif : capitulum XXVII.)
- ūndēcentum = 99, littéralement ūn-dē-centum, « un ôté de cent ».
Deux pièges, et ils sont sérieux
1. Un impératif sans -e. dūcere fait dūc ! au singulier (comme dīc ! et fac !), mais dūcite ! au pluriel, régulièrement. Les autres impératifs du chapitre sont normaux : pete !, quaere !, reperī !
2. Un macron qui change le sens. Le verbe « manger » est irrégulier :
ēst (ē long) = « il mange » ≠ est (e bref) = « il est » ēsse = « manger » ≠ esse = « être » — au pluriel, aucun risque : edunt ≠ sunt.
C'est le seul endroit du cours où l'application n'accepte pas la réponse sans macron : ici, l'oublier n'est pas une inattention, c'est un contresens.
Fabriquer des mots
Le livre en profite pour montrer deux mécanismes :
- préverbe assimilé : ac-currit < ad-currit, im-pōnit < in-pōnit ;
- nom tiré d'un verbe : timet → timor, clāmat → clāmor, dēclīnat → dēclīnātiō.
Et impōnere se construit avec l'accusatif de mouvement : ovem in umerōs impōnit, « il charge la brebis sur ses épaules ».
À retenir en une ligne : 3e déclinaison — -em, -is, -ī, -e ; -ēs, -ēs, -um/-ium, -ibus ; le génitif pluriel seul sépare pāstōrum de ovium (et canum est l'exception) ; on apprend le nom avec son génitif et avec son genre ; -ēs vaut nominatif et accusatif ; suprā + acc. ↔ sub + abl. ; ipse/ipsa, ipsum/ipsam ; dum + présent ; ut = « comme » ; dūc ! ; et ēst ≠ est.